Les autogires
sont peu nombreux en France ou ailleurs. Rares sont donc les pilotes qui
ont le privilège de participer à des "raids" avec
les autres ULM. Concernant ce voyage qui commence à dater (1998),
malgré les années, les souvenirs sont imprimés à
jamais. Les galères aussi, car faire un voyage avec une machine
de construction amateur, sans prélanceur, ni démarreur,
ni tableau de bord, relève de l'aventure pure...mais bon...j'ai
été peut-être le premier autogire à voler au
Maroc et avoir traverser l'Atlas.
En effet, la procédure de décollage est plutôt laborieuse:
démarrer le moteur, monter en place arrière sans mettre
le pied dans les gaz (sinon on se retrouve dans l'hélice...), prélancement
à la main, descendre rapidement avant que le rotors ne perde de
tours. Ceci étant fait, la carte, le GPS qui étaient fixés
sur la jambe se retrouvent sur les pieds.... Puis s'attacher et décoller
avec la radio dans la poche !
Il est évident
que voyager sur un Magni ou une autre machine carénée et
équipée facilite beaucoup de choses...
1er
jour: Jeudi 26 Février:
Arrivé à Marrakech par avion de ligne, les machines: 13
pendulaires, 1 gyro ont été transportées sur camion-remorque.
Le temps est superbe, température: 20°. On mange au Tropicana
près d'une superbe piscine entourée de palmiers...
Montage des machines: une de mes rotules de commandes de 8 mm n'a pas
supporté les vibrations du voyage, elle est cassée nette.
Dire qu'il y a un an j'ai déjà failli en crever de ces rotules
de 8 mm pendant un meeting !!
On a réussi
a obtenir les autorisations pour décoller d'un...terrain de foot
non règlementaire...dans le sens de la largeur ! Malgré
le vent le gyro sans prélanceur ne décollera pas malgré
mes aller-retour entre les pendulaires pour charger ce satané rotor!
Les gamins en profite pour nous voler les 4 bidons d'essence vides qui
balisaient la piste. Bien sûr,là dedans il y avait un des
miens.
Le soir on dine au restau, coucher vers 23h40, demain le lever est à
7h pour la plus longue des étapes dont la traversée de l'Atlas.
2ème
jour: Vendredi 27 Février:
Cette grande nav fait 180 km entre Marrakech et Taroudant.
Nous partons à 10h, bien entendu, je n'arrive pas à décoller
du terrain de foot, alors je demande l'autorisation de décoller
de la route qui a été bloquée par les policiers.
Séquence spectacle avec une centaine des gamins qui s'éclatent
de rire !
Comme le vent est de travers et que je n'avais pas l'habitude de décoller
d'une route, je me retrouve au bord du fossé droite...désordre
!
Je fais demi tour et décolle sans problème.
Check
list: la radio ne fonctionne pas (comme d'hab !), le GPS apparement pas,
et je n'ai pas installé ma boussole... il me reste donc la carte.
Je m'éfforce de suivre mes camarades mais leur taux de montée
est meilleur que le mien, de toutes façons ils sont déjà
bien loin...
La chaleur, le poids de la machine font que j'ai du mal à grimper,
je reste donc à 1100 m, en passant devant la finale de l'aéroport
de Marrakech...glups...je ne l'avais pas vu !
Le GPS daigne
me donner la direction: 200°, cela doit être bon. Je vise la
vallée et arrive à 2400 m, impossible de faire mieux, le
mélange air/essence dans le carbu n'est pas terrible. Je vois arriver
devant moi l'Atlas...heu ! c'est pas sûr que je puisse passer !
Avant Tizi (enfin je crois...), je perd la route S501 marquée sur
ma carte. En fait, c'est plutôt un chemin, qui malheureusement se
divise en 2 !
Une chance sur 2, bien sûr, je me retrouve paumé dans l'Atlas,
dans un dédalle de montagnes en cherchant les cols afin de pouvoir
(peut-être) passer.
Quelle chance, je trouve Renaud GUY le boss de Cosmos, qui me fait signe
de le suivre. Finalement je le perd et moi aussi par la même occasion.
Je serre les fesses car si j'ai une panne dans l'Atlas, je suis très
mal ! En plus les rabattants m'empêchent de garder mon altitude,
je regarde le cap au GPS, je suis à peu près bon à
50° près, mais il faut continuer à sinuer entre les
montagnes.
A 2h, je vois la vallée, laquelle je n'en sais rien, mais apparement
c'est là qu'on passe l'Atlas.
Passée
la dernière montagne, une immense plaine s'offre à mes yeux,
je suis heureux de quitter l'Atlas même si les neiges illuminées
par le soleil sont du plus bel effet.
Je ne sais pas précisément où je suis mais je peux
me poser où je veux en cas de problème. Le GPS semble refonctionner
et m'indique le cap pour Taroudant, vent arrière je vole à
110 km/h. Par contre mes réservoirs sont quasiment vides ! Un tour
de piste règlementaire et je me pose en douceur. Finalement il
devait rester 2-3 litres pas plus...Alain en pendulaire est même
tombé en panne sèche au dessus de la piste. Philippe a pété
son train suite à une panne d'essence, et Christian et Sylvia ont
cassé leur moteur et se sont vachés à 20 km. Enfin,
Marc est tombé en panne au décollage à Marrakech.
Arrivée
à Taroudant vers 13h, 2h10 de vol pour 180 km.
L'aérodrome n'est pas beaucoup utilisé: dernière
visite marquée sur le cahier en Décembre !
Le soir nous prenons l'apéro à Taroudant au palais "Sahlam"
(?), un super hôtel restau avec une belle piscine entourée
de super palmiers, mais de bol, nous irons manger dans un petit boui-boui...
La nuit
est également pleine de surprises puisque nous sommes une dizaine
à dormir dans la tour de contrôle de l'aérodrome,
j'ai même réussi à piquer le matelas de Bruno Picot!
Le responsable de l'aérodrome vient à notre grande surprise
nous présenter une cousine: Fatiha (Pas plus de 15 ans...) qui
cherchait, comme par hasard, un mari si peu qu'il ait un chèquier...
c'est un critère de sélection comme un autre! Bref, nous
avons passé la soirée à boire du thé et à
rigoler avec Fatiha, qui nous a gentiment envoyé un carte postale
un an plus tard nous avisant de son mariage.
3ème
jour: Samedi 28 Février:
Lever à 6h.
Des officiels sont attendus: gouverneur, préfets, gardes du corps,
10 voitures toutes sirènes hurlantes. Présence de la presse
et de la TV marocaine. Un lunch est organisé.
Départ vers 11h, mon moteur refuse de démarrer, il est noyé,
mais cela finit par s'arranger.
Navigation
de Taroudant à Tiznit: 127 km en 1h30.
On longe quelques montagnes basses, on passe à l'Ouest d'un super
lac et on arrive sur Tiznit. Le vent arrière est assez fort et
permet une vitesse moyenne de 110 km/h. Les piles du GPS me lâchent
à la moitié de la nav, et les routes se confondent toutes.
Donc nav au pifomètre+butée à l'ouest (la mer) et
à l'Est (lac), et cela le fait bien.
Re-départ
vers 17h pour: Tiznit --> Ifni: 40' de vol pour 50 km.
Survol de petites montagnes et de la mer puis posé sur l'aérodrome
d'Ifni: piste en dur d'1km mais parsemée d'herbe.
Marc s'est encore vaché à 20 Km, il doit abandonner...
4ème
jour: Dimanche 1er Mars:
Nav Ifni --> Foum, 160 km en 2h puis Akka --> Tata en 1h, donc 3
heures dans la journée.
Certains sont passés au sud vers Guelmim en suivant la route, moi
je préfère traverser seul, c'est plus court car je ne suis
pas certain d'avoir l'autonomie suffisante. Par contre, si j'ai une panne
au milieu des montagnes, le camion d'assistance ne pourra rien faire...il
n'y a pas de route !
Tout est valonné, c'est très vert.
Passé Aneja, c'est carrément un désert de cailloux
et pas de route à l'horizon... Le vent est de face: vitesse badin:
110, GPS: 90 km/h. Je me prend pour Mad Max, seul au milieu du désert,
volant à 800-1000m avec quelques oasis agrémentées
de palmiers...
J'ai retrouvé la route nationale et cela confirme que je n'étais
pas aussi paumé.
Finalement,
en prenant quelques raccourcis et en volant bas au milieur des montagnes,
j'ai attéri le 1er à l'aérodrome de Foum alors que
j'étais parti parmi les derniers.
J'ai appris que plusieurs autres s'étaient vachés le long
de la route pour refueler ou aller bouffer au restau... On est donc restés
à 5-6 accueillis par des militaires très sympas.
On est allé
à 4 dans un pick-up pour chercher les 700 l d'essence au bled.
Surprise! à la pompe qui n'avait jamais aussi bien porté
son nom, il fallait pomper à la main les 700l...
Bref, on est reparti avec Philippe Raluche à 140 km/h à
l'arrière du pick-up au milieu de ce super pétard !
On est reparti
vers 17h et le soleil était bien bas, nous avons donc décidé
de faire une étape à Akka, au cas où nous n'aurions
pas le temps de rejoindre Tata.
En partant de Foum (en catastrophe vu que j'étais parti avec le
pick-up pour le refueling), je prend mon cap au pif, d'autant plus que
le GPS ne fonctionne plus et que les autres se sont tirés assez
rapidement.
Le problème
c'est qu'il y a 2 aérodromes à Tata, je me pose sur le premier
au sud et Bruno, Christian, J-Claude me suivent. Le reste se pose au nord
accueillis par des officiels qui attendaient depuis 15h !
Nuit à
l'hôtel de la Renaissance, j'avais oublié ce que c'étais
qu'un douche froide ! mais quel bonheur...
On a fait
un passage bas au dessus de Tata pour remercier nos "accueillants".
Super nav, mais les gars en pendulaire se sont faits secoués comme
des bouteilleis d'Orangina. En gyro s'était carrément cool,
surtout à Tissint, j'ai rasé la montagne désertique
puis plongé sur le village...pas besoin de prendre une photo, c'est
imprimé dans ma mémoire.
Posé
à Zguid pour le plein. Les officiels ont été surpris
car à peine posés, nous avons ouvert 4-5 bouteilles de pinard,
sorti le pain et le fromage que notre pote fromager Alain avait ramené
! En plein désert !
Foum Zguid
--> Zagora, 110 km en 1h10'
Belle nav au milieu des montagnes rocheuses et du désert, mais
si on tombait en panne, vu que l'assistance ne pouvait pas suivre, on
avait comme consigne de rester sur place avec la machine pendant 1 ou
2 journées, le temps qu'un 4x4 vienne nous chercher... Nous avions
tous pris de l'eau.
En atterissant, je me rend compte que j'ai crevé, idem pour J-Claude
Ourtal. Le comité d'accueil nous emmène au centre ville
pour réparer nos 2 roues qui furent démontées illico.
Un petit garagiste du coin qui a l'habitude de recevoir des européens
faisant des rallyes nous répare ça pour 200 Dh. Dans la
foulée on revient à l'aérodrome et on remonte les
roues de nuit.
Le soir: couscous à la Palmeraie, une ballade en ville et dodo.
6ième
jour: Mardi 3 mars:
2h de vol en local de Zagora.
L'après-midi, on fait une ballade dans une oasis à 40 km.
On s'est posé sur la route et on a roulé 2km pour rejoindre
l'oasis. C'était très sympa, on était rangé
à côté des palmiers.
7ième
jour: Mercredi 4 mars:
Zagora --> Alnif, 130 km en 1h25'
Je me paume au milieu de la nav, mais je finis par trouver l'aérodrome
d'Alnif. C'est un longue piste caillouteuse. Comme d'habitude, une nuée
de gamins sortis de nulle part, viennent nous voir pour quemander des
stylos, des bonbons, il y en a même qui voudraient qu'on leur donne
l'ULM!
Une voiture banalisée de la police arrive sur le terrain et tous
les gamins s'enfuient comme s'ils allaient passer le reste de leur vie
en prison.
En attendant l'assistance, Bruno a l'idée de faire un match de
foot avec eux.
Alnif -->
Er Rachidia, 180 km, 1h45'
La nav n'est pas bien compliquée puisqu'il s'agit de survoler la
nationale, bonne nouvelle pour Christian qui se vache toutes les 20' (3
fois!).
Néanmoins, il y en a qui arrivent à se perdre, comme Alain
(qu'il ne faut jamais suivre!), et J-Claude Ourtal qui s'est trompé
de route et a fait un méga détour. Tous les 2 se sont vachés
sur la route en panne d'essence.
Comme d'habitude, Serge Conti, notre avocat est allé plaider sa
cause au milieu du désert puisqu'il l'a traversé au lieu
de suivre la route...
L'aérodrome
de Rachidia est impressionnant par sa piste en dur de plus d'un kilomètre.
Il aurait été construit afin qu'un émir d'Arabie
Saoudite vienne ici chasser au faucon... IL n'y a quasiment pas de trafic
ici, sauf un jet de la croix rouge venu faire un rapatriement sanitaire.
En conclusion
cette nav était vraiment magnifique puisque nous avons survolé
la vallée du Ziz pendant une centaine de km. On se croyait dans
les Rocheuses avec une vallée verdoyante (palmeraies).
Le soir,
à l'hôtel L'oasis (130 DH/pers pour la chambre+repas+pt déjeuner),
on a sorti 5 bouteilles d'alcool, on est allé chercher des olives,
et on s'est pris un méga apéro qui a tourné la tête
de plus d'un... Un gars qui faisait du tam-tam est venu nous rejoindre,
et on tapait tous sur les tables. En fin de soirée, tout le monde
était bourré, y compris les locaux: les policiers, le patron,
et le gars au tam-tam avait du mal à tenir la mesure ! Il faut
dire qu'ils n'ont pas souvent l'occasion de boire de l'alcool...
8ème
jour: Jeudi 5 mars:
C'est mon anniversaire:32 ans déjà...
Décollage d'Er Rachidia, on s'est couché vers 1h et levé
vers 6h...
Vu qu'on a picolé la veille, on est déjà en train
de planer sans avoir décollé !
Cap sur
Boulmane: 170 km en 1h45.
Je serre les fesses entre Goulmine et Tinerhir vu qu'on traverse le désert
sans route à portée de pales...
Tinerhir est une ville superbe parce qu'encaissée dans la vallée,
et très verdoyante. Une véritable oasis !
Arrivée
à Boulmane vers 11h. La ville est sans intérêt, il
y a une grande caserne militaire, ceci explique peut-être cela...
J'avais hâte de finir cette nav car j'avais mal à la tête
à cause de la nouba de la veille et parce que mon casque était
trop serré. Aussi, je commençais à avoir froid...pas
bon du tout!
Boulmane
--> Skoura sur 60 km
Nav très sympa avec des radadas dans des vallées très
étroites, verdoyantes.
Skoura a une piste praticable, contrairement à celle de Boulmnae
qui est à l'abandon et parsemée de cailloux.
Skoura -->
Ouarzazate: "Ouarzazate et mourir!"
On s'est mis d'accord avec l'aéroport de Ourzazate pour que nous
venions tous ensembles. Néanmoins, j'ai décollé en
dernier et mon rotor avait du mal à se charger. En plus,cela fait
3 fois que mon moteur déconne avec un "Blurp!" pas vraiment
rassurant... Bien heureusement, j'ai remarqué au décollage
que dans la panique, j'avais oublié de sangler mon casque. Si je
m'étais retourné pour voir le niveau d'essence dans ces
conditions, le casque aurait pu se retrouver dans l'hélice, ce
qui aurait été dramatique.
J'ai fait la nav à fond pour rattraper les autres que ne ne voyais
plus à l'horizon.
Je les ai rejoints et en ai même dépassés deux. Plein
pot, mon gyro est assez redoutable !!
Atterissage sur l'aéroport de Ouarzazate: 12 machines à
la queue leu leu...
C'est ici
que j'ai choisi de terminer mon périple, car étant relativement
fatigué, avec les petits problèmes de moteur, et certains
souvenirs désagréables, je n'ai pas voulu retraverser l'Atlas
dans l'autre sens. Un pilote ne doit pas aller au delà de ses capacités,
même si les camarades insistent pour qu'il les suive...
En conclusion,
les "raids" sont particulièrement agréables en
autogire puisqu'on subit moins le vent et les thermiques. Nous avons aussi
l'avantage de pouvoir nous poser très court, voir sur place, en
cas de coup dur, ce que tous les autres aéronefs pourraient nous
envier!
Par contre, il est évident qu'un minimum de "confort"
évite un stress inutile: c'est à dire, présence d'un
prélanceur efficace, démarreur électrique, un tableau
de bord avec les instruments nécessaires à la navigation,
et une autonomie d'au moins 2h15 avec une sécurité de 15'.
Les raids en ULM sont le caviar du vol, allier tourisme à sa passion
avec une ambiance de camaraderie fait oublier les tristes tours de piste.
Par ailleurs, et tout comme les championnats, on y apprend énormément
de choses, notamment sur soi-même!