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Juan
de la Cierva, l'inventeur espagnol de l'autogire serait fier des appareils
que ses compatriotes fabriquent 80 ans plus tard...
ELA,
dont les initiales signifient: "EMILIO LOPEZ AVIACION", conçoit
et produit des autogires depuis 10 ans, précédés
de 3 ou 4 ans de construction amateur et recherche/développement.
Rappelons que ces appareils sont certifiés en Espagne et dans plusieurs
autres pays, mais la certification n'est rien par rapport au retour d'expérience
d'une production qui s'élève maintenant à plusieurs
centaines de machines produites et distribuées dans le monde entier.
La
structure est en acier inoxydable coupé au laser soudé TIG,
et testée à 5 G au poids maximum. Elle ne risque donc pas
de souffrir, puisqu'un autogire ne peut prendre théoriquement que
+3.5 G maximum en vol, quelque soit la configuration.
Quant au rotor, il est fabriqué sur une structure alu 7075 T6,
enveloppé de fibres composites et carbone. Son poids imposant de
37 kg, presque aussi lourd que celui du Magni (42 kg) lui confère
une très bonne inertie, notamment dans les configurations de G
zéro, qu'il vaut mieux éviter en autogire.
Il résiste à 26 tonnes de traction, alors que le maximum
possible n'est que de 6.500 kg...
Si
la structure reste classique, la "cassure" du tube quille permet
de décoller et d'atterrir plus court. Même si le gain en
terme de distance n'est pas transcendant, c'est un avantage indéniable
lors d'un posé en campagne où il vaut mieux éviter
le roulage sous peine de renverser la machine.
La
particularité de cette machine est que, sans être aussi haut
qu'un gyro floridien, les sièges du pilote et du passager sont
surélevés, sans que l'accessibilité en soit trop
affectée.
Ceci rehausse le centre de gravité et permet une bonne stabilité
en tangage, ce qui est une excellente chose pour sécurité.
C 'est
d'ailleurs le premier test que j'ai effectué avec Emilio: gaz complètement
réduit, puis plein gaz, et remise à zéro des gaz.
Sur certains gyros, le centre de gravité étant placé
très bas, à chaque remise de gaz, le chariot a une nette
tendance à piquer, or le ELA reste relativement placide à
ces variations de régime.
Il
est important de noter que, plus le centre de gravité est placé
haut sur un gyro, plus son comportement est sain, et la sécurité
assurée. Pour cela, il n'y a pas 36 façons de faire: soit
descendre le centre de poussée, mais ça n'est pas possible
de réduire la taille de l'hélice ou de la descendre à
cause du tube quille. L'autre possibilité s'impose: monter la cellule,
le pilote et le passager.
Les
américains l'ont bien compris: suite à de nombreux accidents,
Air Command a proposé un kit de rehaussement de ses machines. De
la même façon, American Autogyro, qui s'est largement inspiré
du RAF 2000, a lui aussi rehaussé la cellule de l'appareil.
Malheureusement, les gyros de type floridien, n'ont pas vraiment de succès
en Europe, d'une part à cause de leur esthétique discutable,
mais aussi pour leur accessibilité à bord. Enfin, le train
surélevé créé une traînée
supplémentaire alors que nos machines européennes visent
la performance optimale.
Pour
en revenir au ELA 07S, les carénages (sauf le train d'atterrissage)
sont tous de série en carbone et résine époxy. De
ce fait, tout en étant très imposant, l'appareil reste particulièrement
léger.
Ce qui surprend le plus, une fois qu'on a passé la porte d'accès,
c'est la place disponible dans la cellule. Le pilote en place avant est
très à l'aise, et tous les gabarits y trouvent place sans
que les genoux butent dans le tableau de bord.
La place arrière peut-être en option agrémentée
d'un saute-vent (version 07S) qui abrite au choix un vide-poche ou des
instruments de bord pour l'instructeur.
Concernant
le pilotage, il est particulièrement doux et précis, la
maniabilité devenant vite un plaisir dont les débutants
doivent bien sûr rester à l'écart en attendant d'avoir
l'expérience nécessaire.
Autre avantage: une invention ELA, copiée sans vergogne par le
concurrent allemand, et ça n'est pas pour rien, car cela fonctionne
terriblement bien...
Il s'agit du vérin électropneumatique en tête de mat.
Celui-ci a 2 positions distinctes commandées par un commutateur
sur la partie gauche du tableau de bord: "Flight" ou "Brake"
(vol ou frein).
Dans
la position "Flight", lorsque vous appuyez sur le chapeau
du manche vers l'arrière, le vérin trime votre rotor à
cabrer. Au contraire lorsque vous poussez le chapeau, vous trimez à
piquer. Un petit instrument à aiguille vous indique la pression
que vous avez mise dans le vérin, et donc vous pouvez savoir immédiatement
si votre appareil est trimé ou non.
Ce trim est beaucoup plus rapide et efficace que certains trims électriques
ou manuels.
Dans
la position "Brake", le vérin freine le rotor
grâce à un patin sur la couronne crantée. Tout comme
la plupart des autres machines, il est relativement... peu efficace, et
permet seulement de ralentir le rotor jusqu'à l'arrêt complet
quelques longues secondes plus tard...
L'autre intérêt de cette position Brake est que le vérin
pousse votre rotor en avant sans avoir à fixer un câble de
retenue. Votre rotor est donc freiné et positionné en position
avant, prêt à regagner son hangar.
D'autres
détails fonctionnels existent sur le ELA, par exemple, une petite
découpe des carénages de roues du train principal permettant
de regonfler facilement le pneu alors que sur certaines autres machines,
impossible
d'accéder à la valve sans démonter le carénage...
Bref,
ELA a su ajouter des innovations simples et très pratiques.
Et
quoi de nouveau chez ELA?
En
très peu de temps, la qualité de construction n'a pas cessé
d'évoluer. Au chapitre des nouveautés 2007, notons 3 choses:
-
Le protège hélice:
Disponible
en option, cette protection se dispose sous l'hélice DUC en carbone,
et lui permet d'éviter des éventuelles projections de cailloux.
Cette pièce en carbone a un design particulièrement réussi,
dont la forme semble être un clin d'oeil aux ailes du Concorde.
Le coût avoisine tout de même les 300 € , mais si cela
peut allonger la durée de vie de l'hélice qui coûte
plus de 1.000 €, ça reste une bonne idée...
-
Le réservoir déporté:
Le
réservoir d'essence se trouve sous le siège arrière.
Sur les précédentes versions, il fallait mettre l'essence
par une trappe située dans l'habitacle, à proximité
de la connectique de bord. D'ailleurs, si le ravitaillement était
fait avec trop d'empressement, il n'était pas rare qu'un peu de
carburant coule là où le passager s'asseyait.
ELA a donc créé un tube de remplissage déporté
très facile d'accès, permettant l'opération en dehors
de l'habitacle.
Par contre, et comme les concurrents, il serait urgent de remplacer ces
réservoirs en composites par une autre matière plus résistante
aux chocs (métal ou autres) afin qu'en cas de crash, l'essence
ne puisse pas être projetée sur le pot d'échappement
et enflammer la machine.
-
Vides poches:
Sans
avoir la contenance des coffres du superbe Magni M22, des vides-poches
ont été rajoutés latéralement, sous le siège
avant, et jusqu'en place arrière. Ceux-ci sont communicants et
permettent de loger des pièces assez longues. Le volume en est
fait assez important et permet de loger le nécessaire lors d'un
voyage. De
plus, les doubles commandes arrières sont conservées.
C'est
un peu dommage que certains de ces vides-poches ne soient pas fermés
comme sur le M22, quoiqu'il soit aisé de loger dans un sac hermétique
le chargement sensible à l'humidité.
Par contre, l'accessibilité en vol est un plus, car on peut y loger
des cartes, GPS, caméscope, appareil photo ou autres accessoires
immédiatement disponibles sans avoir à ouvrir des trappes.
De plus, des sacoches pourront être rajoutées, permettant
d'amener avec soi l'avionique amovible: headset, radio, GPS.
Ce
système est simple et léger, car tout est fait en carbone.
ELA améliore donc la fonctionnalité de sa machine sans que
le poids en pâtisse. Il faut avouer que le poids grandissant de
nos gyros commencent à m'inquiéter, et avec l'arrivée
des côte à côte, cela ne va pas s'arranger. Il faudrait
peut-être réfléchir à des solutions plus radicales
du style cellules autoportantes afin de réduire la "lourde"
métallerie.
Conclusion:
ELA
autrefois dans l'ombre du leader, n'a rien à envier à personne,
bien au contraire, les évolutions sont constantes témoignant
du pragmatisme et de la longue expérience de la famille LOPEZ en
matière de construction d'autogires.
La production située près de Cordoba en Espagne ne cesse
de s'agrandir, et le dynamisme de l'économie nationale permet une
embauche facile qui se traduit par des délais de livraison assez
rapides (2-3 mois) et un coût moindre que les concurrents.
La
maîtrise du poids en passant d'emblée par l'utilisation du
carbone, et cela de série, permet des performances qu'il serait
difficile d'améliorer sans engager la sécurité. ELA
ne sacrifie pas tout sur l'autel de la légèreté,
certains éléments, tel le rotor gardent un poids important,
et c'est une bonne chose pour la pérennité et la sécurité.
J'ai
testé la version S (avec saute-vent) équipée du 914
à plus de 120 mph (l'aiguille était bloquée en butée...),
soit près de 200 km/h... La machine restait stable malgré
les 30 ou 40 km/h de vent.
Ceci dit, il est clair que ce ne sont pas des vitesses conseillées
en gyro, d'ailleurs, la VNE de 115 mph était dépassée.
ELA,
qui autrefois avait connu des problèmes de distribution, s'appuie
maintenant sur un réseau trié sur le volet, notamment en
France où quelques places restent disponibles...
Hervé
TERRASSON, le 21 mai 2007
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Emilio
LOPEZ, le père, et Roro en place arrière:

Emilio
LOPEZ, le fils, en place avant:

Le
porte-pales:

Le
vérin électropneumatique

Le
commutateur à gauche du tableau de bord:

La
découpe des carénages de roues:

Le
protège hélice:

Le
réservoir déporté:


Les
vides poches:



Le
réseau de distribution ELA en France (source: publicité
Raidair):

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